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Pourquoi Ittsui existe.

L'histoire réelle derrière le projet — pas une plaquette, juste ce qui s'est passé.

Avant Ittsui, j'ai passé six mois à faire du wwoofing — du volontariat dans des fermes biologiques — à Yugawara puis à Negoro, dans la préfecture de Wakayama, au Japon. De longues journées simples : la terre, les saisons, peu de bruit. C'est là qu'une question a commencé à me travailler, sans que je sache encore quoi en faire : dans une ville immense comme Tokyo, entouré de millions de gens, comment est-ce qu'on finit quand même par se sentir seul ?

Le voyage a continué sac au dos, de Berlin vers Prague. Un soir, arrivé tard, l'auberge où j'avais prévu de dormir était déjà fermée pour la nuit. J'en ai trouvé une autre. C'est là que j'ai rencontré une voyageuse japonaise, seule elle aussi, et qu'on a fini par parler de cette idée encore floue d'application.

Sa première réaction a été de clarifier ce que ce n'était pas : pas un réseau social, pas un endroit pour parler à des inconnus — quelque chose dont elle m'a dit se méfier naturellement, en particulier en tant que femme. Mais ce qu'elle a dit ensuite a changé la direction du projet.

« Le problème, ce n'est pas qu'on n'a pas envie de voir les gens. C'est qu'on n'a pas le temps. »

Elle m'a expliqué sa réalité à Tokyo : des journées de travail de huit à dix heures, parfois plus, des semaines pleines du lundi au vendredi, un dimanche qui sert surtout à récupérer. Concrètement, il ne reste que le vendredi ou le samedi soir pour organiser quoi que ce soit avec quelqu'un — et encore faut-il avoir l'énergie de s'en occuper. Selon elle, ce n'est pas près de changer, ni dans dix ans, ni dans vingt.

Ce n'est donc pas un problème d'envie. C'est un problème de charge : celle de devoir sans cesse proposer, relancer, caler un horaire, gérer le fil de discussion qui finit par s'éteindre faute de temps pour y répondre. Ajouter une application de plus à consulter n'aurait rien réglé — ça aurait juste ajouté une charge de plus.

C'est ce constat, pas une idée de départ, qui a donné à Ittsui sa forme actuelle : une seule proposition, une seule décision, puis plus rien à gérer jusqu'à la prochaine fois. Le silence entre les deux n'est pas un manque de fonctionnalités — c'est le point.

Le projet reste jeune, construit par une seule personne, et continue d'évoluer au contact de vraies conversations avec de vrais premiers utilisateurs, rencontrés directement à Paris. Cette page existe parce que plusieurs d'entre eux ont posé la même question, honnêtement : « c'est quoi, le contexte ? » — la voici.